Textes/Et si… ?

« Et si… ? » explore des réalités alternatives sous la forme d’exercices de style, pour écrire « à la manière » d’auteurs célèbres !

Et si Georges Brassens avait vécu à l’ère d’internet et des réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux

Qu’on sache je ne suis pas franc consommateur
Des réseaux soci-aux, des Facebook des Twitter,
Fier je résiste encor aux sirènes des clics
Pudique, et peu porté aux exhibiti-ons,
Je répugne à mener mes conversati-ons
Sur des profils ouverts surveillés par les flics.

Ma maitresse est hélas en tous points moins rétive
À toute heure, en tout lieu, elle se rend fautive
De montrer son nombril sur son profil Facebook.
Elle cause à Margot, à Marcelle, à Gudule
Elle a 600 amies, de Marion à Ursule
De Germaine à Raymonde et d’Yvonne à Anouk.

Ma confiance en ma mie est totale et sans bornes
Mais sentant la migraine à l’endroit de mes cornes
Revenir tel un vieux fantôme me hanter,
Je contrevins à tous mes fidèles principes,
Je fis sortir le chat, et j’éteignis mes pipes,
Et honteux, repentant, je me connec-que-tai.

Si l’est un avantage à ce réseau social,
C’est de pouvoir épier l’errement conjugual
Sans que la pêcheresse ell’même ne le sache
Ainsi je m’inscrivis – action impardonnable !
Affublé d’un pseudo vraiment insoupçonnable :
« Le très mystérieux enquêteur à moustache »

L’adultèr’, de mon temps, avait son règlement
On ne s’exposait pas aussi imprudemment,
Comme il était aisé de pister l’indiscrète !
Parcourant son statut, je voyais son intime,
Le collet se fermait au cou de ma victime
Il est bien mort le temps des adultèr’ secrètes !

Edgar le charbonnier, Anatole et Gontran,
Firmin, le fossoyeur, ils étaient sur l’écran…
Concurrents négligeabl’ ! Une bande de ploucs !
Et ma belle farceuse, pour narguer ma méprise
Modifia son statut : « mon mari m’a surprise
Dans le cyber-placard de mon amant Facebook ! »

Depuis lors j’ai cédé à ce nouvel usage
Qui veut qu’au su de tous, on dise sans ambage
Tout ce qui frise et défrise votre moustache.
J’y ai 300 amis, qui viennent postuler
À la constitution d’un groupe intitulé :
« J’aime fumer la pipe en criant ‘mort aux vaches’ »

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Et si Jean de La Fontaine avait eu un humour scathologique ?

Le scarabée qui voulait se retirer du crottin

On méprise parfois ce à quoi le destin
Nous avait assigné.
Un jeune scarabée,
Sous la noire lueur de sa coque bombée,
Caressait le projet de renier son instinct :
« Mais quel est l’avantage
D’être coprophage ?
Ces bouses, ces crottins,
Sont l’étape dernière :
A-t-on vraiment besoin de nouveaux intestins
Pour digérer deux fois cette immonde matière ? » 
Désireux d’éprouver le goût des aliments
Avant qu’ils soient passés à l’état d’excréments,
Il se met en chemin,
Et entreprend de vivre avec d’autres espèces
Qui jamais ne s’abaissent
A fouiller le purin.
Le long voyage
Du coprophage
Le mène en un pays aux bien étranges mœurs :
Il y rencontre une cigale
Implorant à genoux devant une maison
Elle crie : « ouvre-moi, j’agonise ! Je meurs ! »
Pendant qu’une fourmi, ingrate, se régale
D’aliments ramassés à la chaude saison.
Ce sinistre tableau lui découvre sa chance :
« Chez nous tout coule en abondance.
Si le menu de ma cantine
N’est pas toujours très raffiné,
Je suis bienheureux d’être né
Où l’on ne connaît pas famine. »
Le retour au pays du téméraire insecte,
Est fêté, c’est l’usage, autour d’un grand festin
De bouse, de fumier, de fiente et de crottin,
Le fruit nauséabond d’une longue collecte.
Tout le monde se vautre en cet amas infect.
Bientôt notre héros, décidé, les rejoint
Et s’insinue au cœur du gros tas qui frémit,
Car c’est dans les besoins
Qu’on retrouve ses vrais amis.